La bibliothèque Citroën 1965

Les livres Citroën parus en 1965

L'Asie en dentelle

Ecrit par  Antoine Soenen à compte d'auteur,

Lauréat d’une bourse de la Fondation Zellidja (1) Antoine Soenen, élève au lycée Corneille de Rouen, à peine âgé de 16 ans, partit en 1961 sur les routes du Moyen Orient. Son projet s’intitulait « Architecture et Archéologie en Afghanistan ». Ce premier « Paris-Kaboul » de 25000km, accomplit avec les transports locaux dura 90 jours et lui donna une irrésistible envie d’aller plus loin découvrir l’Inde, le Siam ainsi que notre ancienne Indochine.

 Ce projet de découverte de l’Asie, c’est en 1963 qu’il le réalise après avoir fait l’acquisition d’une 2CV. « Ce que je désirais c’était un véhicule à la fois sûr, économique et confortable…un seul type de voiture était en mesure de répondre à ces impératifs : la 2CV Citroën ». Après avoir posé une tôle de protection sous le moteur et le réservoir d’essence et rendu rabattables les sièges avant, Antoine Soenen baptise sa petite Citroën « Pucelle ». Avec « Paris-Saigon et retour » peint sur les portières, l’auteur part le 16 juillet 1963 avec deux roues de secours, cinq chambres à air, une caisse de pièces de rechange ainsi qu’une dizaine d’outils. Antoine Soenen réduisit au maximum ses bagages personnels. Il s’équipa cependant de deux appareils photos et d’une caméra.

Après l’ltalie et ses baignades dans l’Adriatique, la Yougoslavie offre son hospitalité. « Par un bel après-midi de juillet, j’atteins Skopje…la fête bat son plein. Partout ce ne sont que costumes d’apparat, danses et musiques ». Pour dormir au calme, l’auteur va garer sa voiture à quelques kilomètres dans la campagne. « Au cours de la nuit, j’ai la sensation que quelqu’un secoue ma voiture, peut-être un berger…et au lever du jour, je prends insouciant le chemin de la Grèce, sans me douter un seul instant du terrible drame qui vient de frapper la ville».  Informé du tremblement de terre qui a détruit Skopje, après avoir franchi la frontière, il ne lui sera pas possible de retourner aider les victimes, son visa étant arrivé à expiration.

La Grèce n’est qu’une étape de transition avant la Turquie. En traversant les plaines d’Anatolie, le constat est sans appel. « Le paysan turc a détruit les forets… sans se soucier un seul instant que cette méthode donnera 3 ans de bonnes récoltes et 30 siècles de désert». Arrivé au Liban, notre globe-trotteur part visiter Beyrouth « La chance me fait rencontrer le directeur d’une chaine de télévision à la table d’un cabaret…quelques heures plus tard, j’entre en fonction au titre de caméraman en extérieur pour le journal télévisé ». Au Liban les habitants sont très hospitaliers, mais néanmoins curieux. « Jamais un libanais n’a accepté de monter à bord de ma 2CV ». Un étudiant qu’il proposait de raccompagner à son domicile lui répondit « les voisins me verraient dans une telle voiture, croiraient que j’ai perdu la raison ».

En Israël, visitant les lieux Saints, l’auteur gare sa 2CV à mi- pente du mont des Oliviers  « en essayant de trouver le sommeil, je desserre malencontreusement le frein à main, et comme je n’ai pas pris la précaution de caller les roues, la 2CV dévale aussitôt le sentier qui est à cet endroit en très forte déclivité. Le temps de me dépêtrer de mon sac de couchage et la voilà qui se renverse dans le fossé, heureusement sans grand dommage mécanique…pour la sortir de cette fâcheuse position, je dois attendre le lendemain matin où des moines se rendant à la première messe m’aideront au renflouement de ma Pucelle ».

La 2CV roule à merveille et traverse la Syrie, l’Iran l’Afghanistan puis le Pakistan. En Inde, pour économiser une centaine de kilomètres, Antoine Soenen empreinte un raccourci sans remarquer un fleuve spécifié « unbridged » (sans pont). « Sur la rive le patron d’un bateau me propose de me déposer moi et ma 2CV de l’autre côté. Nous convenons du prix de 4 roupies…cinq ou six indigènes viennent nous aider à hisser la voiture à bord…deux d’entre eux prennent des perches à l’aide desquels ils font avancer le bateau. Tout ira pour le mieux jusqu’au milieu de la rivière…soudain les voilà qui jettent l’ancre et m’informent :

Sahib, cent roupies… »

Le « kidnapping » durera douze heures et la menace de jeter la 2CV à l’eau sera l’argument final pour obtenir la rançon.

La Birmanie étant impossible à traverser par la route, l’auteur embarque sur le « State of Madras » pour gagner Singapour. Le Siam et l’Indonésie, noyés sous les eaux de la mousson sont de dures épreuves pour la 2CV. Enfin la frontière du Vietnam franchie, il ne reste que quelques kilomètres pour atteindre Saigon, mais ce ne sont pas les moins dangereux. Le pays est sous la menace des Viêt-Cong et alors qu’il traverse une plantation d’hévéas, le taxi qui le précède fait une embardée et finit sa course dans le fossé, son chauffeur tué d’une balle en pleine tête.

Après un séjour d’un mois à Saigon, Antoine Soenen prend le chemin du retour. « Près de Kandahar,  voici un oued ; un de plus ; semblable à tous les autres. Je veux me lancer dans la traversée quand un camion militaire américain arrive en sens inverse. Je lui laisse la priorité. Heureusement, car au milieu de l’oued, il disparait tout à coup de ma vue…un frisson glacé me parcourt l’échine…au milieu, la profondeur est de 2.50m ».

Le 26 juin 1964, Antoine Soenen regagnait Rouen, son pari fou était gagné.

Publié à compte d’auteur en 1965 « l’Asie en dentelles » fera l’objet de deux tirages dont seules les couvertures les différencieront.

  1. La Fondation Nationale des Bourses Zellidja attribue chaque année une somme de 350Fr (en 1961, 900€ en 2017) à 300 candidats, élèves des classes de 1ére et terminale des lycées et collèges de France. L’objectif est de réaliser un voyage seul « préparant à la vie d’hommes » à l’issu duquel il faut rédiger un compte rendu.

Date de dernière mise à jour : 23/11/2020